La Gazette des alizés n°1
mai 2007
Bonjour à tous,
Nous voici donc installés depuis bientôt trois mois
dans notre brousse néo-calédonienne. Notre nouvelle vie a commencé par
un séjour d’une quinzaine à Nouméa où nous avons profité des plaisirs
de la capitale, de ses plages, de ses environs, de ses tracasseries
administratives et autres démarches sous un soleil de plomb.
Canala est une localité rurale assez isolée (et tout
est dit…), à 175 Km de Nouméa, 2h30 de route, côte est, organisée en 13
tribus au droit coutumier, disséminées sur un vaste territoire et
regroupant environ 4500 habitants, à 99% mélanésiens. La région jouit
d'une réputation aussi détestable que largement infondée. Haut-lieu des
"événements" de la fin des années '80, la population y cultive une
fierté Kanak qui effraye la capitale et la côte ouest, plus "blanche".
La végétation y est luxuriante et les gens plutôt souriants mais les
élèves très "nature" et joueurs sont fatigants en classe et obtiennent
des résultats catastrophiques pour peu qu'on les évalue avec les
critères de métropole. L'ambiance entre collègues du collège est
excellente et les repas en commun nombreux et conviviaux. Les enfants
se sont bien adaptés à l'école : Lili à la maternelle et Paul au CE2 où
il est le seul petit blanc, donc une célébrité.
L'île est bien grande - plus de 400km de long et 7
ou 8h de route au moins du sud au nord - et paraît vide : on peut
parcourir des dizaines de kilomètres sans voir la moindre habitation,
les plages à cocotiers sont toujours désertes et les paysages souvent
somptueux, surtout sur la côte est. Les localités sont minuscules en
brousse et beaucoup de commerces font penser à certaines images
d'Afrique noire. Nous avons, à cette heure, visité un petit tiers de la
grande terre et fait une escapade de 5 jours à Lifou (Loyauté),
magnifique "île de carte postale". Nous irons bientôt sur l'île des
pins, autre joyau tout proche. Les projets ne manquent pas : Vanuatu,
Nouvelle Zélande, Australie, Polynésie, etc. et halte au Japon en route
vers la métropole car nous rentrerons pour les fêtes.
Au chapitre des "moins" il faut tout de même
signaler un alcoolisme de week-end préoccupant qui cause des hécatombes
sur les routes de l’île ; un coût de la vie qui frise le scandale (le
meilleur marché est à + 50% d’un prix moyen en métropole et le
coefficient est généralement de 2 et peut atteindre 3,4 ou plus selon
les cas !) rien ne pouvant sérieusement justifier cela sinon des
intérêts qui ne sont pas les nôtres ; des mines de nickel qui certes,
font vivre beaucoup de monde, mais ont déjà dévasté un grande partie de
l'île ; un internet du néolithique en brousse - 38.6 KBits/s annoncés
mais 20 en moyenne, hors coupures - au prix du caviar (dans les 72
euros mensuels ! A ce propos, merci de ne pas joindre des fichiers de
plus de 200 Ko) ; les moustiques ; une chaleur excessive à mon goût, la
moitié de l'année, et trop de journées de pluie pour un niçois
d’origine ; des radios locales indigentes (hit parade continuel,
anniversaires, avis de décès, horoscope etc. et des nationales qui ne
se captent pas en brousse) et pour couronner le tout, la ville de
Nouméa qui a offert le deuxième meilleur score des communes de France à
notre ami Nicolas après... Neuilly.
Pour ce qui est de la musique, les jeunes ici ne
connaissent que le Reggae - T-shirt Bob Marley de rigueur - et le
Kaneka, variété de reggae version locale, plus fluide, sur un rythme de
base traditionnel invariable, élaboré voici 20 ou 25 ans dans un but
essentiellement identitaire. Il y a beaucoup de groupes amateurs à
Canala. J'ai également rencontré des musiciens de Nouméa et notamment
Francis, l'ancien pianiste du Négresco (eh oui !) avec qui j'ai joué il
y a peu, à Hienghène.
Les distractions sont absentes à Canala hormis
quelques loto-bingo de mamies, et tout le monde dort vers 21h (il faut
dire que beaucoup se lèvent à 5h), mais la campagne est bien belle, les
pistes nombreuses et les sorties en bateau dans la baie bien agréables.
Nous aurions bien sûr quelques milliers de choses à raconter mais cela
fera l'objet d'un prochain numéro de la présent Gazette qui paraitra on
ne sait trop quand. En effet, la palme que j'aperçois se balancer par
la fenêtre de mon bureau ouvrant sur notre jardin a quelque chose
d'amollissant qui rend tout singulièrement moins impérieux...
A bientôt !