La Gazette des alizés
Chroniques épisodiques d’un professeur métropolitain en poste en Nouvelle Calédonie
2007-2010

 

Ces Gazettes sont des lettres épisodiques envoyées par courrier électronique à la famille et aux amis abandonnés. Elles reflètent la vision extérieure, neuve et détachée d’un professeur métro en poste pour quatre années seulement, sur le microcosme calédonien, tour à tour si familier et si exotique.

Alors que je m’apprête à le quitter, ce pays m’apparaît à présent comme une belle terre au passé de souffrance qui a laissé de nombreux stigmates. Une population bousculée et brassée par l’Histoire, une situation déséquilibrée et chargée d’anachronismes. On y trouve comme ailleurs, les plaies de la colonisation auxquelles s’est ajoutée la honte du bagne. De ces deux réalités historiques majeures, parmi d’autres, naissent encore de nos jours des phénomènes antagonistes complexes d’attirance et de répulsion à l’égard de la métropole, et quelle que soit la communauté considérée, elle se définit depuis en fonction du lien intime qui l’unit à la France. Comme les Amériques ou les voisins immédiats, la Calédonie fait partie de ces nouveaux Mondes – fiction occidentale – dans lesquels beaucoup voient encore, à tort ou à raison, une terre des possibles et de liberté. Une petite population sur un grand espace semble ainsi autoriser les esprits forts et peu scrupuleux à se tailler un domaine, pour le plus commun à marquer son pré-carré, et pour tous, à s’affranchir des règles. Une sorte de petit Far-West français d’ailleurs ouvertement revendiqué sur la côte ouest, justement. Les analogies sont nombreuses en effet, tout autant que les différences. C’est bien l’assimilation de tant de nouveautés, leur assemblage cohérent et leur compréhension superficielle, modeste, qui fait la matière même de ces lignes.

De la brousse à la capitale territoriale, de la grande terre aux nations voisines, c’est là le parcours initiatique et usuel d’un grand nombre d’enseignants ayant séjourné sur le caillou.